Non, évidemment, un militaire ne partira plus en opérations à cet âge ! Oui, bien entendu, certains militaires pourraient travailler plus longtemps qu’aujourd’hui, à l’instar d’autres travailleurs ! Il s’agit, d’ailleurs, d’un vrai problème sociétal auquel la Défense se doit d’être associée, car certains collègues souhaiteraient prolonger leur carrière. Mais, bercés par la promesse d’un avenir meilleur officialisée cet été suite à la vision stratégique du ministre Vandeput, de nombreux militaires se sentent trahis, car le manque de lisibilité des mesures décidées et les contradictions qu’elles induisent laissent place à un manque de confiance énorme envers nos décideurs politiques.
Pour les militaires, dont le métier des armes implique le don de soi dans les circonstances extrêmes, ce manque de confiance est de funeste augure. S’il n’est pas toujours agréable de voir nos militaires patrouiller dans les rues du Royaume, il serait encore plus inquiétant de les voir manifester pour défendre l’avenir de la Défense et, indirectement, l’avenir de la Nation. Notre démocratie et notre sécurité reposent en partie sur ces femmes et ces hommes qui, au gré des gouvernements successifs, exécutent fidèlement les missions qui leur sont assignées, et ce malgré les restructurations incessantes.
Le général Compernol, nouveau chef de la Défense, rappelait récemment que ces quinze dernières années, il n’est pas une armée au monde qui a dû faire preuve de plus d’imagination que la nôtre pour augmenter son efficience, pour faire plus avec moins, pour utiliser de manière optimale ses faibles moyens et pour continuer à former des militaires prêts à défendre nos valeurs.
Tous les gouvernements européens, il est vrai, n’ont cessé de réduire leur outil de Défense depuis la chute du Mur de Berlin, en dépit de la résurgence des menaces à nos portes, mais la Défense belge est quasi dernière de classe dans le peloton «otanien ». Depuis des décennies, nos décideurs politiques ont pour leitmotiv une Défense plus petite, mais plus opérationnelle. Nos militaires sont dubitatifs : ils savent que le goût d’une crème glacée ne s’amplifie pas lorsqu’elle fond au soleil.
Confiance et connaissance sont indissociables
Pour donner sa confiance à quelqu’un, il faut bien le connaître, car cela permet d’anticiper son comportement futur. Si une personne fait preuve d’incohérence, il est impossible de lui faire confiance. Il en va de même de nos décideurs.
Le fait que la décision de prolonger leur carrière a été prise sans coordination avec les militaires montre bien que, dans l’empressement d’un conclave budgétaire, l’impact réel des soi-disant économies n’a pas été jaugé correctement. Quelle confiance peut-on donner à des dirigeants politiques qui officialisent une vision stratégique sur le futur de la Défense cet été et qui la mettent à mal deux mois plus tard ?
La vision stratégique 2015-2030 précisait que la moyenne d’âge du militaire évoluerait de 41 à 34 ans, ce qui réduirait les coûts de personnel à 50 % de l’enveloppe globale à l’horizon 2030, seule manière pour faire fonctionner correctement la Défense.
Cela ne tient plus la route, au minimum pour les deux raisons suivantes :
- Le relèvement de l’âge de la pension va augmenter la moyenne d’âge du militaire. On court vers une armée de « vieillards » qui met à mal la capacité d’engagement opérationnel de notre Défense, c’est-à-dire son aptitude à défendre nos valeurs démocratiques et nos intérêts
- Le budget nécessaire pour garder les militaires actifs plus longtemps va faire augmenter de manière substantielle les coûts du personnel, à l’inverse des recommandations de la Cour des comptes. Nous l’avons estimé à environ 100 millions d’euros par an, soit le coût annuel de nos opérations, ou encore 14 % des investissements inscrits dans le projet de loi de programmation d’achats de matériels militaires (1,3 milliard d’euros sur la période 2017-2030).
Patrick Descy - Secrétaire permanent CGSP-Défense













